Le seuil de canicule officiel d’un département ne mesure pas la fréquence des canicules — il mesure à partir de quelle température la surmortalité augmente. Mais en le combinant aux données climatiques, on obtient un portrait assez précis de l’exposition réelle de chaque territoire : certains départements franchissent leurs seuils plusieurs fois par été, d’autres rarement ou jamais.
Voici ce que les chiffres révèlent.
Les départements au seuil le plus élevé : 36°C
Dix départements ont un seuil de canicule fixé à 36°C le jour — le niveau le plus haut de France métropolitaine. Ce seuil élevé traduit une double réalité : des populations acclimatées à des étés chauds, et des relevés historiques de surmortalité qui ne se déclenchent qu’à des températures très élevées.
Ces dix départements sont tous situés dans le grand Sud ou le Sud-Ouest intérieur :
- Alpes-de-Haute-Provence (04)
- Aveyron (12)
- Gard (30)
- Haute-Garonne (31)
- Gers (32)
- Lot (46)
- Lot-et-Garonne (47)
- Tarn (81)
- Tarn-et-Garonne (82)
- Vaucluse (84)
Un seuil élevé signifie que ces départements ne déclenchent pas facilement une vigilance orange — mais quand ils le font, l’épisode est réellement intense. Le Vaucluse ou le Lot-et-Garonne ont connu des journées à 42-43°C lors des canicules récentes, des valeurs qui dépassent largement leur seuil et traduisent une exposition climatique parmi les plus sévères du pays.
Les départements au seuil le plus bas : 31°C
À l’autre extrémité, dix départements ont un seuil de 31°C — le plus bas de France métropolitaine. Un seuil bas signifie que la surmortalité commence à augmenter rapidement dès cette température, parce que la population n’est pas habituée à la chaleur et que les nuits restent normalement fraîches.
Ces départements sont exposés à un risque sanitaire élevé lors des vagues de chaleur, même modérées :
- Alpes-Maritimes (06) — cas particulier : seuil bas le jour mais nuit très chaude (24°C)
- Calvados (14)
- Côtes-d’Armor (22)
- Finistère (29)
- Hauts-de-Seine (92)
- Lozère (48)
- Manche (50)
- Paris (75)
- Seine-Saint-Denis (93)
- Val-de-Marne (94)
La présence de trois départements franciliens dans cette liste illustre l’effet de l’îlot de chaleur urbain : des populations urbaines denses, peu acclimatées à la chaleur, dans des logements qui retiennent la chaleur.
Le classement par région
En calculant la moyenne des seuils des départements de chaque région, on obtient un classement régional de l’exposition aux canicules :
| Région | Seuil moyen | Plage |
|---|---|---|
| Occitanie | 35,2°C | 31 – 36°C |
| Nouvelle-Aquitaine | 34,7°C | 33 – 36°C |
| Centre-Val de Loire | 34,5°C | 34 – 35°C |
| Provence-Alpes-Côte d’Azur | 34,3°C | 31 – 36°C |
| Pays de la Loire | 34,0°C | 34°C |
| Auvergne-Rhône-Alpes | 33,8°C | 32 – 35°C |
| Bourgogne-Franche-Comté | 33,8°C | 33 – 34°C |
| Grand Est | 33,4°C | 32 – 34°C |
| Corse | 33,0°C | 33°C |
| Hauts-de-France | 32,8°C | 32 – 34°C |
| Île-de-France | 32,6°C | 31 – 35°C |
| Normandie | 32,0°C | 31 – 33°C |
| Bretagne | 32,0°C | 31 – 34°C |
L’Occitanie est la région avec le seuil moyen le plus élevé (35,2°C), et aussi la plus grande amplitude entre ses départements — 5°C d’écart entre la Lozère (31°C) et le Lot ou le Gard (36°C), reflétant une diversité climatique exceptionnelle entre massifs et plaines.
La Bretagne et la Normandie ferment le classement avec 32°C de moyenne — mais attention à ne pas en déduire qu’elles sont moins exposées au risque sanitaire. Leur seuil bas signifie au contraire que des températures modérées suffisent à déclencher une surmortalité.
La notion d’exposition réelle : seuil vs fréquence
Un seuil élevé ne signifie pas une exposition faible. Le Lot avec un seuil de 36°C peut franchir ce seuil plusieurs fois par été lors des décennies à venir, car son climat le soumet régulièrement à des températures de 38-40°C. À l’inverse, le Finistère avec un seuil de 31°C franchit rarement ce seuil, mais quand ça arrive — comme en 2019 avec 41°C à Brest — l’impact sanitaire est potentiellement sévère car la population et les bâtiments ne sont pas du tout préparés.
L’exposition réelle est donc le produit de deux facteurs : le seuil (qui indique la vulnérabilité de la population) et la fréquence climatique (qui indique combien de fois ce seuil sera franchi). Ces deux facteurs peuvent pointer dans des directions opposées selon les territoires.
Ce que le réchauffement climatique va changer
Les projections climatiques sont sans ambiguïté : les épisodes caniculaires vont devenir plus fréquents, plus intenses et plus longs sur l’ensemble du territoire français. Les régions déjà exposées — Occitanie, Nouvelle-Aquitaine, PACA — verront leurs canicules s’intensifier. Mais les régions historiquement préservées — Bretagne, Normandie, Hauts-de-France — pourraient être de plus en plus touchées par des épisodes inhabituels, avec une population et un bâti particulièrement peu adaptés.
C’est dans ce contexte que connaître le seuil de canicule de son département prend tout son sens. Consultez la page de votre département pour retrouver les valeurs officielles et comprendre à partir de quand la vigilance s’impose réellement chez vous.
Sources
Légifrance – Arrêté du 27 mai 2025 relatif à la détermination des seuils de vigilance pour canicule du dispositif spécifique de Météo-France visant à signaler le niveau de danger de la chaleur dans le cadre de la protection des travailleurs contre les risques liés aux épisodes de chaleur intense